kali jane 

LA QUANTIQUE 
 AU SERVICE DU VIVANT
 

Assis au bord du majestueux lac turquoise d’Esparron, dans les hauteurs de Sisteron,  je « jouais » à la méditation, admirant le coucher du soleil aux mille nuances, qui faisait danser les roches dans une valse d’ombres et de lumières cézanesques éblouissantes.

   J’étais las, tant était difficile comme toujours, malgré la beauté indicible de ce lieu, d’avoir l’esprit assez calme pour accueillir quoi que ce soit.

   Je voyais, je scrutais, j’analysais et sentais intuitivement que je passais encore et encore à côté de l’essentiel. II y a bien longtemps, tout mon être avait décidé, sous la rigueur  stricte de mon éducation bourgeoise, de tout contrôler en moi : mes émotions, mes expressions, mes ressentis, ma posture stoïque, mais également tout ce que je vivais, jusqu’à vouloir contrôler et maîtriser l’instant. Les charabias envahissants venaient sans cesse faire la cours à ma tête, comme si des ponts insensés et incessants s’entremêlaient entre mes peurs du futur, mes blessures du passé et mes impuissances à méditer. Je travaillais ma respiration en rythme comme on me l’avait appris mille fois, à m’en faire cracher mes poumons, concentré sur ma posture tel un petit soldat de plomb.

   J’étais cependant très assidu dans ma recherche. Je méditais chaque matin à l’aube, me levant deux heures avant l’heure, annulant mes soirées, ma vie amoureuse et sociale. J’étais pourtant discipliné, respectant mon engagement à obtenir à tout prix le résultat escompté : “dompter la connaissance”. Dans cette jolie maîtrise de mon n’importe quoi, rien cependant ne me convenait. Je cherchais la connaissance sans relâche. Je lui courais après, tel un amant transi et obsédé, même si chaque jour, elle, semblait me fuir un peu plus pour mieux se jouer de moi.

   Soudain, je remarquai une femme aux yeux et au sourire indescriptibles, qui semblait elle aussi venir goûter à cette paix profonde, offerte généreusement par la magie de ce lieu. Elle s’était assise à quelques mètres de moi avec une souplesse déroutante et sensuelle. Sa posture fluide et le visage détendu,  elle semblait se lover au sol,  comme si les roches avaient soudain  changé leur texture, laissant place à un immense coussin de ouate organique. Elle leva alors le visage vers la montagne,  la caressa délicatement du regard, s’arrêtant parfois comme si elle reconnaissait un ami de longue date. Elle sembla faire alors, avec tout son corps, une révérence discrète et joyeuse à cet ami que je croyais alors imaginaire.

LA POSTURE SOUPLE

   Je décidai alors de m’amuser à imiter sa douce folie, relâchant mon dos et l’ensemble de mon corps.  Je débridai alors mon souffle, lui enlevant ses mords qui cabraient depuis si longtemps mes poumons. Il se passa alors en moi une transmutation inconnue que je ne cherchai surtout pas à expliquer, de peur de louper l’instant et d’être abandonné par cette grâce vibratoire je j’avais tant désirée. La montagne que je regardais depuis l’aube, se dévoila soudain à moi, me montrant ses différents  visages, certains drôles, d’autres souriants ou même parfois terrifiants.  

   Les charabias cessèrent d’un coup dans ma tête, quelque chose venait de s’ouvrir en moi. Pour la première fois de ma vie, je ressentais un lien palpable entre le lac, la montagne, la faune, la flore et moi. Un lien puissant et doux, qui permettait l’accès à un espace/temps à la fois éternel et intemporel, que j’ignorais jusqu’alors, mais que j’avais fantasmé tant de fois dans mes concepts projectifs, n’en ayant jamais senti avant cet instant, ni la fréquence ni la magie.

LA RESPIRATION QUANTIQUE

   Mes narines qui me servaient jusqu’alors à scanner vers l’extérieur mon environnement olfactif, se transformèrent  en deux sas récepteurs multi-perceptifs, qui faisaient pénétrer dans tout mon corps des effluves subtiles : celles du lac, de chaque fleur sauvage, du pourpier et du vent. Chaque senteur s’amplifiait longuement en notes de tête, de coeur et de fond, avant d’exploser en nez comme jamais, créant ainsi en moi une hyperosmie sauvage. Ce que je voyais, sentais  et accueillais, me détournait de mes méditations austères et plates habituelles. Je plongeais en moi-même, m’accueillant  soudain profondément avec tendresse, laissant couler invasivement la montagne elle-même et tout ce qui l’entourait... comme si sa fontaine vibratoire m’abreuvait délicatement de sa fréquence. Toute mon attention était disponible dans cette fabuleuse présence à accueillir cette expérience et ce vécu dans sa totalité… Un moment d’éternité ! Je découvrais que je n’avais jamais accueilli une odeur sans la juger,  mais bien plus encore,  que je n’avais jamais rien accueilli avec amour, ni ces effluves inconnues, ni les sons, ni les formes, ni la vie, ni l’amour, et pire encore, ni la lumière de moi-même. Je sentais des larmes chaudes et denses couler sur mes joues, le vent caressant lui aussi tendrement mon visage. Je goûtais pour la première fois la saveur unique de mes fontaines sacrées, que je ne voyais plus seulement comme une eau de tristesse mais comme une connexion gracieuse à l’intimité de ma source profonde.

ELOGE AU MYSTÈRE

Je fus comme réveillé par une envie de regarder cette femme, que j’avais le temps d’un instant oubliée. Elle était là, me regardant soudain, comme si elle s’était promenée à mes côtés et me souhaitait bienvenu dans cet espace/temps que nous venions de parcourir ensemble.

Dès que son regard m’invita comme du plus profond de son âme, je ne pu résister à m’approcher doucement d’elle. Je fus transporté à cet instant,  dans ses profondeurs lointaines où un lac scintillant et calme reflétait dans ses iris comme un ciel étoilé, semblant m’attendre depuis longtemps ! Si belle, avec son regard et son sourire magnétiques, lesquels ne m’étaient pourtant pas inconnus. Je les avais d’ores et déjà observés tant de fois dans un tableau célèbre  lors de mes promenades nonchalantes au Musée du Louvre, sans avoir, à  cette époque,  ni pu les déchiffrer, ni pu les décoder, ni pu les pénétrer ! Peut-être allais-je enfin découvrir ce que je croyais  être à ce moment là,  le secret des secrets. Aucun son ne pouvait sortir de ma bouche, je me sentais libre de tout et surtout si vivant.

LE GRAALING AVEC LES RAISINS

Après quelques minutes, elle sortit délicatement de son sac, une grappe de raisins  jaune-ocre translucide, comme si elle avait tenu une grappe de diamants. Je n’avais jamais encore observé un tel respect, une telle révérence envers un fruit ou une nourriture, sauf peut-être lors de la dégustation  par un sommelier d’un très grand vin. Elle prit alors soigneusement un raisin et le porta un peu plus haut que sa poitrine ! La lumière du soleil couchant sembla alors rayonner tout autour d’elle, formant une auréole de lumière avec son corps et le raisin. J’aurais aimé photographier cet instant magique, mais je ne regrettais cependant pas d’avoir oublié ma caméra, car peut être aurais-je encore été capable de passer à côté de l’instant.

   Elle mit le raisin sur ses lèvres, entrouvrit la bouche et ferma les yeux. Ses paupières ne reposaient pas seulement sur ses yeux, elles semblaient couvrir un tunnel qui s’ouvrait profondément en elle, comme j’avais pu le voir sur certaines photographies de grands méditants. A ce moment, je pus ressentir un flux palpable entre le raisin et ses lèvres. Elle ouvrit alors poétiquement la bouche, comme si ce moment était le plus important de sa vie. Elle croqua, malaxa le raisin, avec ses dents et sa langue, sirotant chaque goutte extraite de ce mou, tel un élixir d’énergie essentielle dont toute sa vie semblait alors dépendre.

   Cette femme était là, dans l’ultra présent de l’espace/temps et aussi dans l’ultra présence dans chaque partie de son  corps et de son esprit.  Elle semblait détenir la clef d’une porte que je cherchais inlassablement depuis mes 17 ans, qui n’appartenait pourtant à personne, mais qui semblait alors disponible pour moi, à cet instant, sans avoir peur étonnement, ni de la tourner ni de la perdre. La porte était palpable, non seulement en elle mais aussi en moi, sans rien faire ni sans rien dire. La clef tournait, débloquait des cadenas scellés depuis l’enfance et peut-être même depuis le ventre de ma mère. C’était la clef d’un ascenseur quantique pour accéder à d’autres dimensions, d’autres possibilités quantiques de perceptions, d’autres parties de moi-même,  de l’espace et du temps. Ce n’était pas seulement cette porte ni cette clef qui était si importante, mais l’espace immense qui s’ouvrait alors en moi.

Je me sentais dans une extrême présence, dans un espace/temps où le passé semblait n’avoir jamais existé et, où le futur paraissait faire parti d’un autre monde, d’une autre dimension. Vingt années s’étaient écoulées depuis mon premier cours de yoga. J’avais passé en revue tous les professeurs de méditation de renom, jouant sans conscience au touriste spirituel. J’avais cherché sans relâche en Europe, au Pérou, en Inde, au Népal, celui où celle qui ouvrirait en moi cette  porte invisible que j’avais soupçonnée, mais dont j’ignorais tout. Et là, soudain, sans rien attendre, car après tant d’années, étonnement je n’attendais plus rien, je me sentais monter dans un ascenseur quantique qui me ramenait à chaque étage un peu plus vers le présent de moi même.  

   Son sourire me rassurait, sans chercher ni à me plaire ni à me séduire. Je me sentais bienvenue dans sa joie, sans penser d’ailleurs que j’y étais pour quelque chose. Comme si cet état la remplissait toute entière, comme si elle était comblée et magnétiquement vide en même temps. Je sentais que pour elle je faisais parti d’un tout, dans un bonheur qui semblait vibrer partout en elle et qui contaminait doucement ma peau,  mes cellules, mes chakras, mon sang, mon cerveau et mes pensées. Telle une drogue douce que jamais auparavant je n’avais goûtée et qui me faisait vibrer dans un état subtil et puissant, que je savais alors ne plus pouvoir oublié.

   Elle me tendit un raisin, que je mis précipitamment dans ma bouche, ayant hâte de ressentir tout ce qu’elle avait apparemment ressenti. Je croquais alors,  mâchant, mâchouillant plutôt, suçant violemment afin d’extraire du mou cette substance inédite. Je la regardais alors, déçu comme un enfant gâté au pied d’un sapin de Noël, découvrant la voiture de ses rêves,  bleue et non pas rouge,  comme indiqué sur la lettre des désirs imposés au Père Noël.

   A vouloir absolument imiter un ressenti, à vouloir obtenir un résultat, à vouloir comparer ce raisin au sien, à forcer mes perceptions à sentir, j’étais redescendu d’un coup en moi-même, prenant une luge quantique jusqu’en bas. Mon mental se mit à nouveau à chevaucher mes pensées, qui se  perdirent  alors dans les  marécages de mes torpeurs liées au futur et à mes impuissances à ressentir l’instant.

   Je sentais mes mâchoires se crisper, mon dos se redresser et mon corps se transformer à nouveau en petit soldat de plomb. J’avais échoué, je n’étais pas à la hauteur, mais à la hauteur de qui, de quoi, si ce n’était seulement de mon ego mal positionné ?

   Son regard et son sourire indescriptibles et bienveillants, recréèrent immédiatement un lien qui me fit reprendre  mon ascenseur quantique. Mais comment faisait-elle, pour être une magicienne du présent, pour dresser l’espace/temps comme un dragonnier dresserait son dragon ?

   Elle prit à nouveau un raisin,  m’en tendit un autre et me dit très doucement en mettant le sien un peu plus haut que ses seins !

   « Je graale ce raisin, je graale son cépage originel, son terroir, le soleil, la pluie, Gaia mais aussi la bonté de son esprit, sa bonté à me donner toute cette générosité et toute cette abondance. »

« Graaler ? »   lui demandai-je.

« Oui, ouvrir une porte en toi derrière ton chakra du coeur, évaser alors ton tunnel intérieur à 1 800 000 km et accueillir avec amour. »

« C’est un espace sacré et secret » me dit-elle, « C’est la profondeur à laquelle se dévoile ta déesse intérieure, ton yin sacré. Lorsque tu auras tendrement accueilli cette ampleur en toi,  tu deviendras un graal de 1 800 000 km. Il te permettra de graaler la bonté de tout ce qu’est ce raisin et de tout ce qui t’entoure. Je lève légèrement ce raisin, pour le graaler et pour graaler encore plus haut son esprit et tout ce merveilleux qui l’a créé.  Une rivière secrète de nanoparticules vibratoires, provenant directement de la source de l’univers pénètre alors le raisin, moi et ma déesse. Ainsi le processus alchimique du graaling ouvre le yin et le yang sacré de ce raisin, son féminin et son masculin, afin d’en révéler ses saveurs infinies. Il va alors changer de texture, de goût, de PH, de fréquence, sans jamais changer  la nature de son essence. Tu vas découvrir son fruité originel et ses véritables saveurs cachées, qu’il aurait dû avoir, s’il avait été graalé lors de son élevage et de sa cueillette. Tu vas lui permettre de se reconnecter à son essence, à son terroir, à l’eau, à Gaïa, à son cépage et à l’univers tout entier. »

Un tunnel, un espace derrière moi d’1 800 000 km ? Mais comment ceci serait-il possible ? M’interrogeai-je. Mon dos était tout au plus à 15 cm derrière mon chakra du coeur. Pourquoi avec tout mon parcours spirituel et toutes mes lectures, je n’avais jamais entendu parlé de cet espace sacré disponible en chacun, en chaque atome et en chaque parcelle du vivant ?

Je fermai alors les yeux, levant légèrement ce raisin avec mes deux mains. J’ouvris alors un tunnel en moi, un espace qui n’en finissait pas. Je graalais, oui j’accueillais pour la première fois avec amour, directement par le chakra du coeur, sans passer par ma tête. Je graalais ce raisin, le pied de vigne qui l’avait créé, la signature propre de son cépage, mais aussi la terre qui l’avait accueilli, je graalais chaque goutte d’eau qui l’avait abreuvé, chaque molécule d’oxygène et je graalais aussi pour la première fois Gaïa.

   A cet instant, je sentis un fluide vibratoire descendre dans le raisin. J’ouvris alors les yeux, surpris par sa nouvelle densité qui était indéniablement plus lourd. Je découvrais que sa lumière avait elle aussi profondément changé. Dans cet instant d’éternité, je portais délicatement le raisin à ma bouche. Son enveloppe était ferme et sous la pression douce de mes dents, un jus sucré et fruité s’écoula de la pulpe et m’explosa en bouche. Une saveur longue et profonde resta en bouche très longtemps. Je sentais que des sites récepteurs gustatifs s’ouvraient eux aussi, me laissant percevoir des papilles et des subtilités dont j’ignorais jusqu’à cet instant l’existence. Il y en avait dessous, dessus, sur les bords, sur la pointe et dans les tissus intérieurs de ma langue, mais aussi dans mon palais et mes joues. Ce raisin activait mes sens comme jamais. Je sentis aussi un pont extraordinaire avec les sas de mon nez. J’avalais doucement ce mou et je le sentais couler le long de mon oesophage, jusqu’à mon estomac. Alors, ce mou et son jus prenaient une place immense. Ils vibraient dans mon ventre, je les sentais comme vivants et fiers d’avoir été célébrés de la sorte. J’aurais même pu entendre en eux le coeur de Gaïa battant à l’unisson avec le mien.

   Je regardai à nouveau cette femme dont je ne connaissais rien, mais qui m’avait fait découvrir en quelques minutes, un instant de magie palpable, un rêve devenant réalité.

   Je restai là, à ses côtés, nous regardâmes le lac et la montagne. Tout mot aurait été alors superflu. Cette méditation m’avait emmené en moi-même si profondément, elle avait ouvert des sens vierges en moi jusqu’à ce jour et avait aussi reconnecté en moi un lien sacré oublié, celui avec Gaïa, l’ensemble du vivant et de l’univers.

LE POINT DE PRÉSENCE

   Le soleil était maintenant couché, la lune s’était réveillée doucement étirant ses rayons jusqu’au bord du lac où nous étions. Les scintillements ressemblaient à des paillettes d’or et de diamants qui semblaient danser ensemble dans une intimité qui me gênait presque, tant ils semblaient ignorer notre présence et tant je craignais de les surprendre.

   Je graalais soudain ce spectacle, ouvrant à nouveau en moi cet espace que j’avais déjà oublié, tant mon mental avait subtilement repris le dessus, refermant le graal que j’étais. Chaque paillette devint alors une caresse infinie qui vibrait dans toutes mes profondeurs. Je graalais aussi la lune, laquelle se révéla dans sa vibration androgyne, réceptrice et émettrice en même temps.

   Je regardai à nouveau cette femme que je voyais maintenant comme une déesse. Elle tourna délicatement sa main gauche vers le ciel, paume vers le haut  d’une main lâche et étira doucement son index. Elle fit de même avec sa main droite, paume vers le sol. Il y avait dix centimètres entre ses deux doigts, celui de gauche étant légèrement sous le niveau de l’autre. Soudain, je crus sentir comme un fil d’énergie entre ses deux doigts. Elle approcha alors ses deux extrémités, là où le fil avait comme magnétisé ses deux index.

Je m’amusai alors à ce jeu insensé, étant sûr de découvrir une méditation nouvelle et inédite.

Je mis deux bonnes minutes avant de sentir ce fil, mais ma  surprise fut grande car je pouvais alors sentir mes deux doigts comme reliés l’un à l’autre. Je rapprochai mes deux index, sentant alors mon corps s’unifier comme dans une bulle protectrice. Mon mental s’arrêta de tourner en boucle d’une manière très nette et spontanée. J’avais dû toucher mes doigts des millions de fois, jamais je n’avais ressenti une telle sensation de méditation profonde et immédiate.

« Maintenant que tu as découvert le point de présence, me dit-elle doucement, tu peux le faire avec chaque partie de toi, mais aussi avec le sol, un fauteuil, un matelas, un oreiller, un livre... Tu peux également le faire avec un autre corps, en le touchant avec au moins deux parties de toi afin de ne pas te vider en énergie. Tu pourras t’amuser à le faire avec des plantes et des arbres, ils adorent ça. Si tu es en toucher de présence avec un animal, tu vas voir qu’il prend immédiatement une grande inspiration tant ce toucher est confortable pour lui. Les animaux sont naturellement en toucher de présence, tu pourras l’observer par exemple dans des documentaires sur les groupes de gorilles ou sur les troupeaux de  chevaux  en liberté.”

Je me surprenais à regarder cette femme, sans avoir besoin de me cacher derrière un masque. Je ne pouvais de toute façon en mettre aucun, puisqu’elle-même en était démunie. Il était d’ailleurs surprenant de sentir que tous mes masques accumulés depuis ma tendre enfance et qu’avec le temps je ne sentais même plus, avaient fondu comme neige au soleil. Si je ne sentais plus mes masques, je sentais alors leur absence, tel un guerrier sans armure ni épée, une amande sans coquille, une élégante sans chapeau.

LE TOUCHER VIRTUEL DU COEUR

Elle me regarda soudainement comme pour attirer mon attention. Elle me montra du regard mon chakra du coeur entre mes deux poumons et ferma alors doucement les yeux. Je sentis immédiatement comme une caresse chaude dans la partie extérieure de mon chakra du coeur sur ma cage thoracique. J’avais alors la sensation qu’elle posait une main douce à cet endroit, J’étais surpris car je ne m’y attendais pas, ayant fermé les yeux alors qu’elle se trouvait à plus d’un mètre de moi, J’ouvris alors les yeux et constatai qu’elle n’avait pas bougé de place. Elle fermait les yeux et je sentais toujours cette pression délicate. A plusieurs reprises, la pression s’en allait et revenait, comme si elle frappait délicatement à ma porte. Je ne savais même pas qu’une telle chose puisse exister. Mon esprit rationnel n’arrivait pas encore à comprendre ce qui se passait. A mon grand étonnement, malgré mon charabias mental habituel, cette sensation perdurait.  

   « Contracte ton chakra du coeur comme pour en faire sortir un faisceau d’amour et dirige alors ce faisceau vers moi. » me dit elle doucement, ses yeux encore fermés.

« Visualise que tu t’arrêtes à la porte de mon chakra du coeur, mais surtout sans la dépasser. Prend ton temps, c’est facile tu as la clef, relaxe toi  » me chuchota-t-elle doucement.

    Je souriais de vivre une telle intimité avec une femme dont j’ignorais jusqu’au prénom. Je m’exécutai dans ce challenge et me surpris à ressentir la contraction de mon chakra du coeur et le faisceau qui en sortit alors. Là ne fut pas ma surprise de sentir alors que je pouvais l’ajuster en longueur et en largeur à ma guise. Je pouvais sentir avec facilité que j’atteignais son chakra du coeur, sans le dépasser. » Je m’amusais alors à frapper délicatement à sa porte puis elle à la mienne par intermittence.

   Ce petit jeu vibratoire bloquait soudain toute forme de mental, comme si toute mon attention se trouvait focalisée sur ces perceptions subtiles mais parfaitement réelles.

   « Maintenant, tu peux ouvrir plus large ce faisceau et le faire vibrer entre toi et moi à équidistance. » chuchota t’elle comme pour ne pas effrayer l’instant.  

   Je sentais alors une chaleur douce, une régénérescence de tout mon être, une ouverture à l’amour dans mon corps tout entier.  Je me sentais dans une bulle confortable qui m’installa dans une plénitude et dans un bien-être inouï.

   Elle changea alors de regard,  dans une présence un peu plus grave, contracta son front qui portait comme trois aigles en vol et me dit d’un ton plus sérieux  « utilise cet amour vibratoire avec un être toujours averti auparavant, dont il est important que tu ait l’accord, et ceci à chaque fois. Si l’être est disponible, il te répondra vibratoirement.  Aussi, ne dépasse jamais cette porte s’en y être invité, jamais s’il te plait ! Car tu pourrais agacer ou blesser fortement cet être et te faire également très mal.”

   Elle me fit une révérence gracieuse pour me remercier du partage que je lui retournai tendrement.

   Nous nous étions séparés peu après dans la soirée. Je m’étais alors permis de lui demander son nom.

« Je m’appelle Alizarine », me dit-elle de sa voix si douce.

« Et toi, comment tes amis t’appellent-ils ? » me demanda-t-elle. J’étais surpris de cette question posée d’une manière si particulière.

« Mes amis m’appellent le Goéland. »

Elle sourit et plissa son regard, comme si elle eut entendu mon véritable prénom, au travers de “mon puzzle culturel”, comme aimait si bien le dire mon ami Gonzague !

   Elle me donna un baiser sur la joue gauche qui toucha le plus profond de mon âme. Je n’avais jamais auparavant senti une telle ampleur dans un baiser, une telle pureté, une telle dimension sacrée. Je me sentis accueilli dans tout ce que j’étais, je me sentais bienvenu tout entier dans son baiser.

   Elle me remit une petite carte beige joliment pliée, d’une texture très noble dans lequel étaient incrustées des fleurs jaunes et pourpres. Je reconnaissais ce papier d’exception du Moulin Vallis Clausa à Fontaine de Vaucluse, pour l’avoir visité quelques années auparavant. Sa carte de visite portait son nom, son titre et son adresse, ainsi que le mot “graaling”.

   Je la vis s’éloigner, avec sa longue robe de mousseline, d’un joli rouge garance, qui se mariait à merveille avec sa grande écharpe de soie nacrée. Ses longs colliers de bois d’amarante et sa longue chevelure aux boucles souples interminables, m’offraient un spectacle élégant, regorgeant de romantisme et de sensualité.

   Je restais là, sous la voûte céleste au mille éclats, n’ayant aucunement le souhait de bouger,  tant l’instant et l’espace portaient à eux seuls une dimension d’éternité.

CHAPITRE DEUX

   Neuf semaines avaient passé depuis ma rencontre avec Alizarine. J’avais fait de longues promenades et m’étais senti en liens profonds et subtils, avec la terre, les arbres, les fleurs, les senteurs, les fréquences et les formes. Mes masques qui avaient fondu en si peu de temps auprès d’Alizarine, semblaient vouloir revenir. Dès que je côtoyais du monde et même certains de mes amis, tant la douceur et la délicatesse manquaient parfois à leurs gestes, à leurs regards, à leurs mots et à leurs intentions, je sentais alors que je me refermais pour me protéger de ce que je ressentais maintenant comme une violence.

   C’était bien difficile de garder cette sensibilité à fleur de coeur ! C’était d’ailleurs presque impossible, hormis les moments où je me promenais seul dans la montagne, loin du brouhaha de la ville et celui des voitures.

   Je me souvins alors, que certains professeurs de yoga se mettaient très en colère lorsqu' une porte claquait violemment, laissant apparaître un retardataire, ou lorsqu’une phrase agressive était prononcée au sein de leur école. Je me rappellai aussi le nombre de fois où j’avais interprété cela comme un manque d’amour pour les participants et où j’avais même  cessé d’assister à leur enseignement pour cette seule raison. Je pensais à cette époque, qu’il s’agissait d’un égo inadapté, d’émotions mal maîtrisées, d’un manque de bienveillance,  incohérents pour moi, avec ce que j’exigeais d’un professeur de yoga.

   Je m’ouvrais encore à une nouvelle conscience comme une étincelle qui jaillit du coeur de la connaissance et qui ajusta mon être tout entier sur un positionnement différent dans ma manière de voir et d’entendre les choses. Je n’aurais jamais pensé à cette époque que ces enseignants vivaient dans ces moments là, de véritables violences acoustiques et vibratoires. Ils vivaient ces bruits comme des flèches qui les transperçaient sans cesse, moi qui à ce moment de ma vie n’entendais même pas le bruit incessant de ma chaise traînant sur le parquet, au dessus de la tête des voisins excédés.

   Maintenant je comprenais le processus interactif entre mon ouverture dans les profondeurs de moi-même et l’amplification de tout ce que je percevais à l’extérieur. Tout  avait commencé lors de ma rencontre avec ALizarine. Plus j’enlevais de masques, plus mon coeur et mes corps s’ouvraient à l’intérieur d’eux-même installant en moi des logiciels génétiques sous forme de récepteurs et décrypteurs sensoriels ultra sensibles, qui me faisaient vibrer au moindre son, dans toute mon intégralité.  

Je sentais que cette solitude pendant laquelle je graalais lors de mes longues promenades dans la montagne, me permettait d’entendre des subtilités de sons, comme les fréquences que pouvaient percevoir les furets et les éléphants, jusqu’à 16 hz minimum ou les poissons rouges, 20 hz.

Peut-être était-ce uniquement dans ma tête et juste une illusion ? Je ressentais cependant réellement cette magie vibratoire s’ouvrir à moi, une véritable révolution au coeur de mon ADN et de toutes les parties de moi.

Les bruits que je percevais désagréables devenaient de jour en jour des attaques acoustiques de plus en plus insupportables, tant je me fermais à eux dans tout mon être. Je ressentais les chocs de ces ondes qui percutaient mes barrières vibratoires  inconscientes, tant tous ces bruits disharmonieux étaient violents et agressifs, pas seulement pour mes oreilles ou ma tête, mais pour l’ensemble de tous mes corps. Qu’ils soient physique, éthérique, mental, émotionnel… Je comprenais aussi pourquoi durant mon enfance et mon adolescence, à chaque  fois que mes parents, une fois  les portes sociétales  fermées, se mettaient alors à crier et à se reprocher mille choses, je me recroquevillais dans une coquille en spirale, n’entendant alors plus rien.

   En revanche, les sons que je percevais comme agréables semblaient s’ouvrir et s’amplifier de l’intérieur et de l’extérieur. Tel le raisin, que j’avais graalé auprès d’Alizarine et qui s’était révélé simultanément dans l’entièreté de toutes ses saveurs gustatives, la finesse de ses arômes et la longueur de ses effluves. Les sons dévoilaient en effet des harmoniques et des timbres qui réveillaient partout en moi et jusqu’au coeur de mon ADN, des récepteurs et des décodeurs de perceptions acoustiques que j’ignorais jusqu’alors. J’accueillais les sons avec amour du plus profond de mon être, par cette seule présence en état de graaling. Ils se révélaient alors dans la profonde amplitude de leur yin et de leur yang vibratoires et ondulatoires absolus, me faisant vibrer dans tous mes corps. Par cet état de graaling, s’installaient et s’activaient dans mon ADN, des décodeurs quantiques de perceptions, non seulement acoustiques, mais aussi  olfactifs, gustatifs, tactiles, visuel et vibratoires.

J’eus alors une pensée bien triste pour ce pauvre petit poisson rouge, mon cher Lulu, gagné à une tombola le jour de mes 5 ans et que j’avais mis dans un bocal rond, contre lequel j’aimais faire cliqueter mes ongles ou des crayons afin de déclencher sa réaction. Il m’arrivait aussi de pousser parfois des cris perçants lorsque mes parents étaient loin ou dans l’autre pièce. Ses supra perceptions et l’amplification sonore naturellement créée par ce bocal, devaient être à chaque instant un supplice pour ce pauvre Lulu, qui ne pouvait s’exprimer que par sa position dans l’aquarium, les mouvements de son corps ou sa mort le cas échéant. Je savais comme intuitivement maintenant, que les poissons émettaient des sons à leur manière ou des fréquences que nous ne pouvions juste peut-être pas percevoir. Cela remettait en cause le mythe de la carpe muette, créé par Rabelais. Je savais aussi que je ne verrai plus les mouvements de la bouche de mes poissons de la même façon, ni celui de leur corps ou de leurs nageoires.

Je demandai alors profondément pardon à Lulu de l’avoir laissé tourner en rond dans ce petit bocal, de l’avoir laissé vivre seul sans la compagnie de ses congénères et sans avoir créé de véritable liens avec lui, lesquels m’auraient permis de l’entendre et de comprendre ses besoins.

   J’avais en effet gardé de mon enfance le plaisir d’avoir des poissons, et j’avais constaté, qu’ils  connaissaient mon humeur avant même que je quitte ma chambre à l’étage car je pouvais les voir sur une des caméras de la maison. Je l’avais remarqué à mainte reprises,  car ils ne se positionnaient pas du tout de la même manière dans leur espace respectif,  suivant mes émotions du matin ou de la journée. Lorsque j’étais de bonne humeur, je les trouvais en haut de leur aquarium attendant mes caresses. En revanche, lorsque j’étais triste, ils étaient en bas de leur habitacle. Enfin, lorsque j’étais en colère, il bougeaient dans tous les sens compulsivement ou bien se cachaient dans des parties plus sombres de l’aquarium, je ne pouvais plus alors les caresser.

   Je réalisais aussi la raison pour laquelle, lorsque je faisais un cauchemar en pleine nuit, ou à mon réveil le matin, n’ayant pourtant ni bougé ni fait de bruit, me trouvant toujours en méditation allongé dans mon lit, Princesse, Mademoiselle koun et Mister Horus, mes petits furets arrivaient spontanément alors qu’ils se trouvaient de l’autre côté du jardin. Ils  grattaient alors immédiatement le rideau encore clos. Ils entendaient ma fréquence et mon positionnement vibratoire au delà d’un son perceptible habituellement par l’oreille. Les fréquences pouvaient donc se partager interactivement par les êtres vivants, les animaux, les plantes, la terre, l’eau, l’air, d’une manière permanente, au delà des sons perçus par l’oreille humaine. Les plantes, les minéraux, l’eau avaient-ils des oreilles dans leur ADN ?

   C’était maintenant une évidence : en installant et activant tous ces décodeurs de supra perception, par cette ouverture à 1 millions 800 mille km dans mon chakra du coeur, j’entendais des informations autres que les sons habituels. Je commençais en effet à percevoir les fréquences quantiques et leur multiples langages, que je décodais un peu plus chaque jour. Tout l’univers émettait des sons vibratoires inaudibles par les sens habituels, d’une manière permanente, imperceptibles pour certains ou pour la plupart, mais profondément réels, pour tout être pratiquant en conscience le graaling.

   Alizarine me manquait ! Je sentais aussi qu’elle avait tant d’initiations à me transmettre. Des initiations que je n’avais pas lu dans les livres, ni appris dans aucun cour. Je décidais de la rejoindre.

LE DÉPART POUR RETROUVER ALIZARINE

Je m’enquierais alors du lieu où elle semblait résider, que je trouvais sur la carte de visite qu’elle m’avait laissée juste avant ce baiser inoubliable. A ma grande surprise, elle ne comportait ni numéro de téléphone ni d’adresse mail, mais juste son nom et sa fonction, l’adresse géographique se trouvant  à l’intérieur du pliage.

GRAALING ISLAND

RESEARCHER AND TRAINER

QUANTUM RESONANCE

   Le lieu était très loin. Par quel hasard nous étions nous retrouvés au lac de Sisteron ?

   Je pris un temps fou pour remplir mon sac de marin. Des jeans, des tenues de soirée, des pulls, des baskets… des préservatifs ? Je me rendais compte que toutes mes questions m’amenaient à une évidence : je ne savais ni où j’allais, ni ce que j’allais faire, ni la relation que j’allais vivre avec Alizarine. Je sentais que le champs merveilleux des possibles s’ouvrait en moi et dans ma vie, car pour la première fois, je ne cherchais pas à contrôler quoi que ce soit. Je ne cherchais pas non plus à projeter dans le futur la conséquence de mes peurs ou de mes fuites ou même de mes désirs. Je graalais en présence mon choix d’être heureux, de vivre vraiment dans l’instant et surtout j’agissais... enfin.

   Je confiai alors la garde de Princess, Melle koun et Horus et les poissons à mes merveilleux voisins, après avoir rassuré tout le monde sur mon départ et mon retour proche.

   Je pris une tente, un sac de couchage et tout le nécessaire pour camper car je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait sur le chemin, et encore moins lorsque j’arriverai auprès d’Alizarine. J’apportai aussi mon appareil photo, m’engageant profondément à ne photographier que l’essentiel.

   « En route pour de nouvelles aventures ! oui !!!!!! » M’écriais-je soudain, avec l’enthousiasme d’un enfant qui serait juste monté dans un manège de fête foraine.

Je tournais la clef pour démarrer. Le top départ était lancé, vroomm ! Je me sentais vibrer de tout mon corps, et je ressentais une excitation fantastique que je ne me rappelais  pas avoir eu jusqu’alors.

   J’étais chanceux car mon grand oncle m’avait léguée trois ans auparavant une voiture d’exception que je n’osais jamais prendre tant j’avais peur de l’abîmer. Une Jaguar XKSS de 1957,  couleur nacre.  Avec mes nouvelles supra perceptions, j’entendais le son du moteur comme je ne l’avais encore jamais entendu. Je sentais aussi toute l’intelligence réunie dans un si petit espace, dans lequel les formes, les matières et les couleurs, créaient une ergonomie qui les mettaient en rapports parfaits entre eux,  jusqu’à  la boite de vitesse. Je pouvais percevoir les liens entre l’harmonie parfaite de cet habitacle et la résonance harmonieuse qu’il créait en moi. Je m’étais interessé au feng shui en lisant quelques livres et j’avais compris l’importance de l’harmonie dans un espace. Maintenant, je ne cherchais pas à comprendre l’harmonie, je ressentais son influence qui structurait la mienne, ou la déstructurait au sein d’une dysharmonie architecturale donc vibratoire. Cette voiture était vraiment fantastique et je me sentais libre, le chauffage à pleine puissance et la capote relevée.  J’étais à cet instant comme Uma Thurman dans la scène culte en noir et blanc du générique de fin de kill bill 2, dans laquelle chacun peut palper cette liberté exaltante.

Il était temps que je retrouve Alizarine, afin de partager avec elle toutes mes nouvelles perceptions grâce à cette fabuleuse technique du graaling. Le seul fait de savoir que j’allais la retrouver me mettait dans une joie indescriptible, comme si à distance sa fréquence m’élevait, me centrait et me mettait automatiquement dans le présent.

LA ROUTE VERS L’ÎLE DU GRAAL

   J’avais roulé toute la nuit, sous ce magnifique ciel étoilé, écoutant tout du long les sons inouïs de Escobar, Shankar, Garbarek, Hussain, Gurtu, Yo-Yo Ma…j‘étais empli de leur magnificence rendant faste et lumineux mon début de journée.

   J’avais cherché sans succès « L’île du graal » sur mon GPS. Le code postal avait su me rapprocher du village le plus proche. En effet, arrivé au petit matin dans ce petit village fleuri, sentant les effluves des multiples parterres et pots de fleurs suspendus à chaque fenêtre, je sentais déjà l’énergie d’Alizarine, et ne m’étonnais pas qu’elle ait choisi de vivre proche de ce lieu magique. Un marché couvert à l’ancienne, me laissait imaginer les superbes cortèges de fleurs, de fruits et de légumes qui devaient enjouer les touristes et les habitants peut-être plusieurs jours par semaine. Il était  tôt encore et l’aurore ainsi qu’un subtil éclairage  urbain, digne des meilleurs maîtres éclairagistes, me laissaient  distinguer ces multiples fleurs, dans une sérénité qui ne s’apparentait en rien à un village abandonné. A l’aurore ou à l’aube, c’était incroyable ce que pouvait nous apprendre un village, car c’était là où on pouvait palper sa véritable  fréquence, celle de ses habitants, du maire, des maisons et le lien même qui existait entre eux.

   Le faisceau des phares créait une lumière jaune de Naple et ceci grâce à mon grand oncle qui avait changé les phares blancs d’origine. Cette lumière subtile laissa soudain  apparaître des ombres mouvantes derrière ce que j’identifiais comme de sublimes aubépines géantes qui devaient être millénaires. Ce petit village dégageait une harmonie profonde, sans aucun panneau publicitaire, avec ses maisons en pierres apparentes, ses échoppes atypiques et distinguées,  son immense fontaine au nord du village dirigée vers le centre du village. Arrivé à un rond point parsemé de couleur, je pus apercevoir une petite pancarte, joliment agrémenté de beige et de rouge passe velours, où je pouvais apercevoir  en lettres rondes et élégantes : « L’Île du graal ». A la seule lecture de cette pancarte, je sentais soudain mon coeur battre fortement et devenir le chaman, la mailloche et un véritable tambour binaural.

Après m’être dégourdi les jambes quelques instants près de la fontaine recouverte de mousse et de sa longue barbe verdoyante et juteuse, j’avais aussi empli mes narines de ces effluves florales. Je m’aventurais alors sur cette petite route, qui offrit soudain un spectacle éblouissant. Le soleil commençait à étirer ses rayons à l’horizon, pénétrant les nuages disparates qui s’évanouissaient au loin, laissant apparaître, des nuances de jaune, d’orange et de violet dans leurs camaïeux discrets et contrastés en même temps. A perte de vue, se profilaient des vignes, qui étaient si hautes et si fières, qu’elles ressemblaient à ces soldats de la Garde royale de Buckingham Palace, n’osant à peine bouger leurs feuilles, et semblant suspendues par le ciel, en équilibre parfait sur la pointe de leur pied, comme j’avais pu en voir dans les vignes magnifiques du domaine de (...).La route était étroite et calme.

L ÎLE DU GRAAL

J’arrivai devant un immense portail blanc nacré aux motifs ressemblant à une dentelle raffinée de cachemire. La matière était si peu commune, qu’elle semblait avoir été récemment réalisée en impression 3D. Sans même avoir vu de pancarte, je savais que c’était l’entrée de l’île du graal où vivait Alizarine. Je descendis de la voiture et m’approchai doucement du pilier droit ou semblait se tenir une sonnette. A travers la dentelle verticale de la grille, je pus distinguer un chemin qui scintillait délicatement, comme des milliers d’étoiles de granit et qui disparaissait au détour d’un arc qui se courbait vers la droite. Le soleil n’était pas encore assez levé pour créer un tel scintillement. Il s’agissait probablement d’un délicat revêtement  fluorescent, qui devait s’estomper un peu plus à l’arrivée de l’aube. J’aperçus alors, sur le pilier, un bouton en forme d’oeuf convex blanc nacré, lui aussi légèrement fluorescent. Je tendis alors la main, la retirant soudainement, ayant peur de réveiller Alizarine.

A ce moment, à ma grande surprise, la grille s’ouvrit doucement. Je montai alors dans la voiture et commençai à rouler au pas sur le chemin scintillant qui semblait être fait d’un revêtement de velour végétal, tant était oaté le son que faisaient les roues à son contact,. J’amorçai le premier virage qui me fit sortir du bois, découvrant une magnifique prairie dans laquelle dansaient des milliers de fleurs. Je pus même apercevoir des formes étranges au coeur de la prairie, que je mis du temps à reconnaître. C’était tout simplement des ruches, aux volumes si extraordinaires, que je faillis les confondre avec des oeuvres d’art contemporaines. Mais une ruche n’est-elle pas une oeuvre d’art à part entière ? Je pus distinguer des vergers et des vignes. L’aurore se levait doucement et je pouvais apercevoir à l’horizon au loin, derrière des haies de buissons, le soleil levant, aussi beau que lorsque j’étais sorti quelques minutes auparavant du village enchanteresque.

Le chemin m’emmena jusqu’à l’orée des chênaies-frênaies neutroclines, dans lequel je m’engouffrais doucement. Mes études de garde forestier que j’avais faites il y a si longtemps déjà, m’apportaient beaucoup dans la contemplation et la compréhension de tous ces paysages. Je décidai d’éteindre mes phares, comme j’aimais parfois le faire,  dans des endroits sécurisés et privés, ralentissant encore ma route afin de profiter des dernières caresses de l’aube. Le bois était plus dense que le premier, mais les dernières étreintes de la lune et les premières du soleil, me laissaient entrevoire la voie bien distinctement. Je décidai de couper le moteur et de savourer cet instant fantastique. Les effluves d’humus était à la fois très denses et très subtiles. La brise légère caressait mon visage et j’entendais le chant des oiseaux qui se faisaient la cour. L’instant était magique. Je remerciai encore mon grand-oncle de m’avoir offert cette magnifique voiture décapotable, avec laquelle je pouvais admirer amplement ce spectable qui m’enchantait.

Soudain, un cerf sortit des fourrés, faisant un vacarme qui me fit sursauter. Il stoppa sa course en venant se hazarder, glissant avec ses sabots à quelques mètres du capot de la voiture... Il était là, n’osant plus bouger et moi de même,  soufflant de toutes ses forces, l’oeil hirsute, son pelage brun-roux tressaillant et moi le souffle coupé. Quelques secondes passèrent, je me figeai alors comme un arbre enraciné, tant sa grâce était belle, dans cet instant éphémère, qui rendait encore plus inouïe sa beauté. Après ce court instant qui me parut infini, Il s’élança d’un coup, sortant de la route par un saut qui faisait au moins quatre fois sa longueur, disparaissant derrières les arbres. Après quelques minutes, je regrettais de n’avoir pu filmer la scène, sachant très bien cependant, que si je l’avais, ne serait-ce que photographié,  je serais certainement passé à côté de l’instant.

Je repris mon chemin, guettant une pancarte ou une bâtisse qui m’indiquerait où retrouver Alizarine. A quelques mètres sur la gauche était indiqué par une pancarte épurée :

Ponton Est aux carpes voiles nacrées.

Espace de méditation profonde

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Merci de bien vouloir éviter les bruits.

250 Mètres, sentier pédestre

Un chemin de terre étroit semblait y conduire... Je choisis de poursuivre la petite route principale, au coeur de la forêt. Après quelques centaines de mètres, je vis au milieu d’un parc, de sublimes arbres remarquables, qui semblaient cacher une bâtisse plus loin. J’avançais au pas puis garai ma voiture, là où une statue de bronze m’invita à le faire avec une grande délicatesse gestuelle.

je sortis de la voiture, fermant délicatement la porte et marchai jusqu’aux escaliers de la bâtisse. Quelle ne fut pas alors ma surprise ! Arriva au pas de course une harde de biches et de faons qui ne semblaient en rien effrayés. Les faons devaient avoir cinq mois, car ils n’avaient hélas plus leurs petites tâches blanches sur leur pelage roux clair. Ils se rapprochèrent de moi assez près pour que je sente leur odeur sauvage. Avaient-ils l’habitude de venir ici à l’aube ? Ce spectacle m’élevait dans un état d’émerveillement que je ne cherchai même pas à contenir.

Soudain, un jeune homme apparut en haut des escaliers, un grand panier à la main, garni généreusement de fleurs sauvages et de graminées. La harde se désintéressa immédiatement de ma présence et se hâta de monter les escaliers, le bousculant en sautant, pour essayer de chaparder le contenu du panier. “Eh les amours, il y en aura pour tout le monde mes chéris” lança t’il. Il  engagea sa descente levant le plus haut possible son panier. Il me sourit alors et me demanda. : “Bonjour, je m’appelle, Argan, puis-je vous être utile ? ” Je répondis un peu hésitant “ Bonjour, je m’appelle heu...Jo...heu, Le Goeland, serait-il possible de voir Alizarine s’il vous plait  ?”.

“Alizarine est au ponton Est, je pense, elle doit être en pleine méditation, vous pourrez la voir vers 11H. Vous pouvez y aller pour méditer, c’est un endroit de toute beauté.” “Ah, oui” m’exclamais-je, “je me rappelle avoir vu la pancarte sur le chemin. Je m’écartai à reculon afin de ne pas manquer un seul instant du spectacle que j’avais sous mes yeux.

Je restais là à regarder la fougue exaltée de la harde des biches et des faons. La scène était insolite et rare et je me  demandai soudain si le mot hardi, n’avait pas trouvé son essence même, au sein de ce courage bravant tous les instincts de crainte. Chacun levait la tête pour attraper un quartier de pomme, des bourgeons, des châtaignes et du blé vert. Argan semblait prendre beaucoup d’attention, dans une infinie douceur à ce que chaque animal puisse avoir sa part de festin végétal, même si je sentais qu’il donnait respectivement en fonction des besoins de chacun. Il ne cherchait pas à les caresser ni à les retenir étonnamment, ce qui amenait chaque cervidés à s’approcher sans crainte et à se frotter délicatement à lui une fois rassasié sans avoir peur que l’offrande puisse les emprisonner.

Je comprenais par ce seul spectacle, que la plupart des humains cherchaient à caresser, à toucher, à s’emparer d’une empathie qu’elle obligeait et imposait à tous les animaux qui éclairent en elle une sensibilité. Ici, grâce à Argan,  on donnait et on attendait que l’animal ait envie du contact corporel respectueux de nos espaces respectifs . Ce contact corporel semblait bien plus important pour eux qu’un contact direct avec les mains. J’avais encore été initié merveilleusement par chaque cervidés de cette harde et aussi par l’attitude d’Argan, sans qu’ils n’aient eu à l’intention de le faire.

 Je devenais tout simplement disponible à la connaissance.  Chaque animal, chaque élément du vivant, chaque effluve, chaque instant, chaque levé et couché de soleil et de lune, m’apprivoisait au delà de l’initiation d’un seul être, d’un seul livre, d’une croyance.

Pour la première fois de ma vie, j’étais à 100% disponible pour accueillir l’esprit de la connaissance, je devenais un méditant, un réceptif accueillant !

A ce moment précis… 


Début du livre GRAALING 2017 © Kali Jane. Ce texte peut être diffusé, à la seule condition qu’il ne soit ni coupé, ni modifié et que le nom de l’auteur apparaisse !


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